Les terres rares, un enjeu économique, environnemental et géopolitique

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3 février 2020
6 min de lecture

Vues par plusieurs, particulièrement par les Chinois, comme le pétrole de l’ère numérique, les terres rares font de plus en plus parler d’elles alors que leurs applications sont essentielles à la production de biens (équipements électroniques, moteurs, éoliennes etc.) fortement corrélée avec le développement des économies vertes et numériques.

 Dominance chinoise

Les éoliennes et les véhicules électriques représentant des alternatives aux énergies fossiles, nous pourrions nous réjouir de l’émergence des besoins en terres rares, mais la production de celles-ci est fort mal distribuée. Actuellement, plus de90 % de la production mondiale provient de la Chine. Aucune usine d’extraction et de production n’est en exploitation aux États-Unis ou au Québec. Dépendants dites-vous? Nous sommes dangereusement dépendants.

Cette situation est reconnue par le Canada et le Ministère de l’énergie et des ressources naturelles (MERN) du Gouvernement du Québec. Le Canada a d’ailleurs convenu d’un plan d’action conjoint sur la collaboration pour les minéraux critiques avec les États-Unis. De cette liste de 35 minéraux, 13 sont présents au Canada, dont les terres rares, et le MERN a amorcé une réflexion sur la place du Québec dans la mise en valeur des minéraux critiques et stratégiques, dont la période de consultation avec le milieu doit s’achever en février 2020.

Aujourd’hui cependant, l’Empire du Milieu occupe une position hégémonique à la fois comme régulateur et producteur de ce complexe minerai aux 17 éléments (lanthanides). Plusieurs caractéristiques confèrent aux entreprises présentes en Chine un avantage important sur le marché international des terres rares, y compris la fixation de leurs prix. Le maintien des prix bas est vu comme l’érection d’une barrière à l’entrée d’autres joueurs. En effet, plusieurs entreprises en dehors de la Chine ont dû cesser toutes exploitations des terres rares face aux prix bas.

Avec plus de 90 % de la production mondiale d’une matière première aussi critique, il faut analyser la stratégie de la Chine avec une perspective géopolitique. En effet, cette position de contrôle sur une ressource stratégique s’utiliserait comme moyen de pression, que ce soit dans un contexte de guerre tarifaire ou encore de revendication territoriale. De plus, en imposant des quotas d’exportation sur la ressource, la Chine pourrait se donner un avantage important au plan manufacturier pour la production de biens et d’équipements de pointe.

Déclin américain

Mais comment un tel déséquilibre et une si grande position de vulnérabilité ont-ils pu se construire alors qu’en 1985 les Américains dominaient le marché et en sont demeurés un joueur important jusqu’au tournant du siècle? Deux éléments centraux de réponse : l’environnement et la fixation des prix. Aussi vrai pour expliquer le déclin des Américains que l’émergence des Chinois.

Déclin américain – émergence de la Chine

Ce sont des enjeux environnementaux qui conduiront à la fermeture de la mine Mountain Pass, longtemps la plus importante au monde, et des coûts de production supérieurs aux prix d’un marché contrôlé par la Chine qui mèneront finalement à la faillite (2015) du racheteur américain MolyCorp, malgré des investissements de 1,7 G$ US.

Plusieurs éléments ont participé à une création d’un quasi-monopole sur les terres rares par la Chine. Parmi ces éléments, citons, entre autres, la détention de grandes réserves, un coût faible de la main d’œuvre par rapport aux autres pays, des lois environnementales moins contraignantes que plusieurs pays producteurs et des considérations géopolitiques.

 Le Québec?

Le potentiel minier du Québec est riche et diversifié. Toutefois, les particularités de son immense territoire et les enjeux climatiques, d’accessibilité et de transport qu’il pose en rendent l’exploitation complexe. Si l’exploitation du potentiel hydraulique a pu profiter d’une acceptation sociale durant plusieurs décennies, les considérations environnementales et celles liées à la valorisation de territoires reconnus aux Premières Nations complexifient aujourd’hui l’analyse des projets et la mesure de leur rentabilité.

Le cours des métaux représente aussi une variable déterminante et les fluctuations importantes des prix, l’imposition de quotas et de tarifs ajoutent à la périlleuse tâche d’analyse des projets.

Si les règles de diversification ayant pour objectif de diminuer le risque d’investissement sont bien intégrées dans les pratiques de gestion de portefeuille, la nature des opérations minières, l’importance des immobilisations et les considérations de localisation et de distance ne permettent cependant pas à une entreprise minière de gérer son risque aisément.

L’investisseur ou l’épargnant sensible au risque pourra à son choix éviter le secteur ou choisir de placer ses actifs dans un fonds diversifié représentant une petite partie de ceux-ci. L’investissement en direct dans un projet minier est plus rare, surtout si celui-ci est en phase d’exploration.

Lorsque transposés dans une perspective macroéconomique, ces comportements microéconomiques sont défavorables au développement du plein potentiel minier du Québec.

SIDEX

À l’initiative de Gaétan Morin, alors responsable du secteur des ressources naturelles du FSFTQ dont il est le président depuis 2014, et avec l’appui du Gouvernement du Québec, la Société d’investissement dans la diversification de l’exploration (SIDEX) voit le jour en 2001. SIDEX a pour mission d’investir dans des entreprises engagées dans l’exploration minière au Québec afin de diversifier l’inventaire minéral du Québec, de stimuler les investissements en exploration dans les camps miniers démontrant une possibilité intéressante de diversification, d’ouvrir de nouveaux territoires à fort potentiel de découvertes à l’exploration et attirer de nouveaux investissements, créant ainsi un effet de levier et encourageant la relève et l’innovation.

SIDEX a été impliquée dans le financement de plusieurs projets menant à la découverte et à la caractérisation des gisements de terres rares de Montviel en Abitibi, Ashram au Nunavik et Strange Lake dans la région de Schefferville, notamment. À ce jour, ce sont quelque 90 M$ qui ont été investis par SIDEX dans divers projets dont 2,6 M$ en appui au développement du potentiel des terres rares, une ressource hautement stratégique que le Québec possède en grandes quantités et ce, dans plusieurs régions.

Ce faisant, SIDEX, par sa vision à long terme, ses initiatives et ses investissements, permet une meilleure diversification dans l’exploration minière et représente un agent critique contribuant à la construction de consensus et à l’obtention d’alignement entre les divers acteurs de l’industrie.