La philanthropie sur mesure

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13 février 2020
8 min de lecture

La vie en rose

On aime bien la croissance, celle qui résulte de l’effort, de l’intelligence et du travail bien fait. On aime aussi la compétition, celle qui mène au dépassement, qui nourrit l’ambition, qui interdit l’abandon.

Pour tout vous dire, ces jours-ci, le moral est bon. On l’aime gros notre Grand Montréal. On aime où il s’est rendu, on apprécie son chemin parcouru. On se réjouit de son classement dans les revues sur ses intelligences, naturelle et artificielle, sa sécurité, sa qualité de vie, ses universités…

Au loin, même le Pont Jacques-Cartier s’est éclairé en rose, c’est tout vous dire.

Une société progressiste mais…

Tout près de nos bureaux, il y a l’UQAM et le cégep du Vieux Montréal qui rappellent que l’éducation publique et accessible représente le plus beau levier de redistribution de richesse et de mobilité sociale qu’une société peut s’offrir. Tellement plus puissant que la fiscalité. Il y a aussi le CHUM, qui représente un accès égalitaire aux soins de santé. Près de ces institutions, une troisième, Le Devoir, qui porte à bout de bras depuis plus de 100 ans un idéal de société ouverte où la presse libre est un solide pilier de la démocratie.

Mais, il y a aussi le parc Émilie-Gamelin, foyer d’itinérance, de criminalité, de pauvreté, mais également de manifestation et de révolte. Souvent l’origine d’une voix qui grince et qui gronde, une voix qui veut se faire entendre. La Maison du Père et la station Berri-UQAM, cœur du réseau souterrain de transport collectif sont la preuve, à l’heure de pointe surtout, qu’en société il faut se serrer les coudes.

Il y a aussi à Montréal, où se trouvent 36 % des quartiers les plus pauvres au pays, 35 000 enfants qui dépendent des programmes de dépannage alimentaire offerts par les banques du même nom, de la détresse, des inégalités et des injustices.

Moisson Montréal est soutenue par le Malouf Family Fund, le fonds Fondation Paul-A. Fournier et
le Beatrice Enid Patterson Foundation Fund de la FGM

Des trous dans le filet

Comment maintenir l’équilibre entre les diverses conditions d’une société pluraliste dans une si grande ville? Quels sont les soupapes et les canaux qui atténuent et distribuent la pression, qui permettent tantôt à la misère de diminuer et tantôt au talent d’éclore, à la solidarité de se construire et à la paix sociale d’exister?

Bien sûr, il y a l’état et les gouvernements élus démocratiquement qui en arbitrent les choix, et notre fiscalité progressiste, qui permet la mise en place des systèmes d’éducation, de santé, de justice, d’aide sociale, de protection de la jeunesse et de sécurité publique.

Autant ces systèmes sont à la fois des actifs vivants et les fondements d’une société libre et progressiste dont nous pouvons être fiers, autant ils viennent avec un coût financier et une lourdeur administrative les rendant souvent inefficaces.

Ainsi, tous les cas qui échappent au filet social trouveront possiblement leur solution grâce à l’empathie, la solidarité sociale ou la générosité, mais aussi, indirectement cette fois, de nouveau grâce à l’état et aux crédits d’impôts pour des dons à des organismes de charité reconnus comme tels, ce que nous nommons la philanthropie.

La philanthropie « prêt-à-porter »

La « captation » de cette solidarité, cette volonté de venir en aide et sa conversion en résultats tangibles auprès des bénéficiaires visés représentent un parcours complexe parsemé d’embûches. De frustration aussi, il faut bien le dire, lorsqu’il est constaté, par exemple, que l’impact du don en soutien à une cause a été grandement affaibli par son coût de gestion.

Sans vouloir faire une cartographie extensive de l’univers de la philanthropie, on peut voir trois grandes catégories de donateurs : les individus, les corporations, les fiducies ou fondations privées.

Chez les bénéficiaires aussi on peut identifier trois grandes catégories : les organisations publiques ou parapubliques à mission unique, par exemple, les universités et collèges, les hôpitaux, les instituts et associations (recherche, environnement etc.), les maisons de culte, et bientôt les journaux. Ensuite, les organismes fédérateurs comme Centraide ou Enfants Soleil qui sollicitent un donateur (particulier ou corporatif) au nom de causes multiples en se représentant à la manière d’un guichet unique pour répondre à de multiples besoins. Enfin, il y a les fondations privées et communautaires, souvent mises en place à l’initiative de familles ou d’entreprises.

Dans les deux premières catégories, fondations à mission unique (many to one) ou organisme fédératif (many to many), la sollicitation des dons est à la base de leurs opérations. Il y a une cause large (éducation, santé, lutte contre la pauvreté etc.), une marque (Fondation de l’Hôpital Ste-Justine, Centraide etc.), c’est simple à expliquer et à comprendre. On est dans le « prêt-à-porter ».

La philanthropie « sur mesure »

Dans le cas des fondations privées, la collecte de fonds n’est généralement pas présente ou, à tout le moins, n’en représente pas une fonction aussi centrale. En effet, il s’agira ici de construire ou de participer à un fonds existant et d’assurer la pérennité de sa mission via une saine gestion financière et la protection de son capital.

Ne serait-il pas plus simple, dans ces circonstances, que ces fondations privées fassent tout simplement un don aux autres fondations ou organismes? La réponse peut être oui du point de vue administratif, mais elle est souvent non quand il s’agit de l’usage des fonds.

Une des principales motivations de ces fondations privées est de pouvoir apporter une aide significative
pour une cause très précise vis-à-vis de laquelle les réponses offertes par les autres joueurs
dans l’espace philanthropique ne sont pas jugées satisfaisantes. On est dans le « sur mesure ».

Cette motivation peut cependant très rapidement se heurter aux enjeux de coûts de mise en place et d’exploitation d’une fondation et rendre difficile, voire impossible, l’atteinte du ratio des coûts administratifs sur les dons requis pour maintenir son admissibilité comme organisme de charité et profiter des avantages fiscaux inhérents. Cette situation fait en sorte d’élever le seuil minimal de capitalisation requis pour justifier l’existence d’une fondation privée.

Il est très vraisemblable d’imaginer qu’au final, faute d’adéquation entre la vision d’un donateur et celle des organismes de charité, ou en conséquence de charges de gestion trop importantes par rapport aux engagements que pourrait prendre ce donateur à court, moyen ou long termes, que des sommes importantes n’aboutissent pas dans une action philanthropique.

La Fondation du Grand Montréal

C’est à cette problématique que s’est attaquée la Fondation du Grand Montréal (FGM) il y a une vingtaine d’années et sur la base des résultats obtenus à ce jour, on peut dire qu’elle avait vu juste. En apportant une réponse spécifique et adaptée aux désirs des donateurs, familles, individus ou organismes, elle leur a permis de consacrer des sommes de plus en plus importantes et engagées sur divers horizons de temps. Ce faisant, elle a accru l’impact de la philanthropie au Québec de façon pérenne et contribué à la réduction de l’écart du Québec vis-à-vis des autres provinces canadiennes.

Avec plus de 300 M$ d’actifs et 650 fonds sous gestion, dont 111 nouveaux seulement pour l’année 2018, la FGM peut consolider plusieurs opérations de petites fondations tout en préservant leur identité propre et leur mission. Elle peut aussi guider en offrant des services conseils quant au mérite des causes à soutenir, et aller aussi loin que bâtir des fondations clé en main. La FGM est devenue depuis sa création un carrefour philanthropique et un levier d’investissement important pouvant soutenir les projets innovants et initiatives durables de tous les secteurs de la société.