L’importance croissante des villes portuaires

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18 février 2020
6 min de lecture

La part croissante, exprimée en proportion du PIB, de la valeur des biens exportés dans les principales économies mondiales a permis aux villes portuaires de connaître une croissance nettement supérieure aux villes sans accès à la mer.

Parmi les 126 plus importantes agglomérations urbaines du monde, 35 d’entre elles comptent sur un accès à la mer ainsi que sur l’un des 100 plus importants ports de conteneurs au monde. Montréal se classe au 101e rang de ce palmarès mondial. Avec la capacité additionnelle du terminal Contrecœur estimée à 1,2M d’EVP (équivalent vingt pieds), le classement de Montréal serait aujourd’hui au 69e rang.

Selon The Economist – Intelligence Unit,16 des 20 villes les plus compétitives du monde sont des villes portuaires. Cela est notamment dû à l’ampleur de l’expansion de l’activité maritime conséquente à l’introduction du conteneur à la fin des années 1960. Cette activité continue de croître, comme en témoigne le tableau ci-dessous. En 2019, la croissance était de 4,7 %. Sur les 23 années figurant dans le tableau ci-dessous, une seule (2009) n’a pas connu de croissance.

Les lignes maritimes internationales sont désormais devenues les principaux acteurs du commerce maritime mondial avec des opérations globalisées. La consolidation par voie d’acquisitions ou d’alliances stratégiques leur permet d’offrir un grand nombre d’escales et d’optimiser le mouvement des marchandises. Les 10 plus grandes lignes maritimes sont responsables de 70 % du commerce mondial et 7 d’entre elles ont des activités à Montréal, un indicateur clé de l’efficacité de ses opérations et de son positionnement stratégique.

De manière générale, la compétitivité des villes est déterminée par une série de facteurs, dont son PIB, le niveau d’éducation, la gouvernance, la densité de sa population, la présence d’un aéroport international, la logistique et la fluidité des transports. La compétitivité d’un port, elle, est non seulement déterminée par sa capacité et son efficacité opérationnelle, mais aussi par la fluidité qu’elle procure avec une chaîne logistique complexe dans une ère post-Fordisme où il n’est plus question d’une efficacité reposant principalement sur des économies d’échelle. Les ports qui se démarquent font l’objet d’investissements continus en recherche et en infrastructure et composent avec une riche infrastructure logistique hors-port. Le Port de Montréal figure parmi les ports les plus actifs en matière de recherche.

Selon Euromonitor, la croissance du PIB des villes portuaires de 2008 à 2013 a été de 13 % globalement alors que celle des inland cities fut de 8%.

Si la compétitivité d’une ville détermine son pouvoir d’attraction, il convient de pouvoir mesurer ce dernier. Celui-ci est grandement défini par sa capacité à attirer des investissements étrangers (« Foreign Direct Investments »). Les villes portuaires se démarquent des « inland cities » à cet égard comme le démontre The Economist – Intelligence Unit. La référence reconnue en cette matière est le FDI Markets.

Le FDI Markets publie annuellement, par l’intermédiaire de sa division FDI Strategy, un classement des American Cities of the Future où Montréal s’est classée au troisième rang de l’édition 2019-2020.

Port de Montréal

Si les données qui précèdent démontrent assez clairement l’avantage pour une ville de posséder un port dans un contexte d’économie mondialisée, elles démontrent également que le transport par conteneurs est un segment qui surperforme par rapport aux autres segments du transport maritime. Les données montrent également que l’efficacité et le pouvoir d’attraction d’un port repose sur l’ensemble de la chaîne logistique.

On peut voir que l’Administration portuaire de Montréal (APM), ayant été choisie par 7 des 10 plus importantes lignes maritimes du monde, a su créer de l’alignement avec les divers acteurs de la chaîne de valeurs pour représenter une solution complète et compétitive, notamment vis-à-vis de l’offre des autres ports nord-américains.

On comprend aussi le caractère essentiel de l’augmentation de sa capacité du côté de Contrecœur et on peut imaginer, en raison des immenses terrains contigus acquis par l’APM au fil des ans, que les possibilités de captation de valeur via des activités d’entreposage et de logistique, de même que la matérialisation du bénéfice de conduire des activités à proximité du terminal de conteneurs, permettront l’émergence d’un pôle logistique de premier ordre accroissant le potentiel d’attraction du Grand Montréal.

Le Port de Montréal est aussi actif en recherche et est un partenaire de SCALE.AI (Supply Chain and Logistic Excellence – Artificial Intelligence), une pièce clé de la grappe en intelligence artificielle qui se construit à Montréal.

Malgré l’attrait que peut représenter le transport maritime en comparaison du transport routier, ferroviaire et aérien en matière d’empreinte carbone, les questions environnementales et l’acceptabilité sociale de façon plus générale demeurent des enjeux de taille pour le Port de Montréal et l’industrie en général. Sur ce point, l’Organisation maritime internationale a annoncé en avril 2018 la signature d’un accord visant à réduire « d’au moins 50 % » les émissions de CO2 du transport maritime d’ici 2050 par rapport au niveau de 2008.

Quant à l’APM, elle a une politique environnementale depuis 2010 (mise à jour en 2016). Elle est aussi membre fondateur de l’Alliance Verte, une initiative engageant plus de cent entreprises actives dans la zone « voie maritime et grands lacs ». L’Alliance verte a remporté le premier prix dans la catégorie Green Shipping Initiatives of the Year lors de la remise des Sustainable Shipping Awards à Londres, en 2011. En 2017, l’APM a reçu la certification environnementale de l’Alliance verte en reconnaissance de son leadership et de la gestion efficace de l’environnement dans le cadre de ses activités portuaires de l’année 2016.