Banque de sang et numérisation

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17 mars 2018
6 min de lecture

Le don de sang représente de façon figurative mais aussi de manière réelle une illustration de l’expression « don de soi ». À l’échelle sociétale, comme collectivité, nous sommes clients et fournisseurs avec au centre de cette précieuse chaîne d’approvisionnement deux principaux intermédiaires : les banques de sang et les hôpitaux. L’équilibre de cette chaîne n’est jamais garantie, comme dans tous marchés. Même si nous parlons moins ici de questions économiques, un désajustement de l’offre et de la demande ne viendrait pas sans conséquences et les outils numériques représentent un formidable ensemble de moyens pour y faire face.

Le Québec

Cet écosystème donc que d’aucuns jugeront stable, fiable et garanti fait face à de nombreux défis qui menacent son équilibre. Marie-Soleil Cloutier, professeure, chercheure et géographe de la santé à l’INRS s’exprimait sur les enjeux du côté de l’approvisionnement mettant notamment en évidence les défis liés à la mobilité et à la démographie. Au plan de la mobilité, les voyages plus nombreux des donneurs (et les « quarantaines » parfois associées) influent sur la disponibilité (collecte) alors que l’immigration complexifie la compatibilité avec les receveurs.

La mobilité est aussi celle qui est nécessaire pour se rendre à un point de collecte et à cet égard, la performance québécoise est remarquable. En effet, grâce à une logistique complexe et agile qui carbure au bénévolat et à l’engagement, les cliniques de collecte de sang se rendent bien souvent aux donneurs plutôt que l’inverse. Ainsi, phénomène intéressant, même si la distance de leur domicile aux points de collecte fixes est plus grande, les gens des régions donnent (per capita) presque trois fois plus que les donneurs des grandes villes.

Au plan démographique, le renversement de la pyramide d’âge laisse poindre un double phénomène : la réduction du nombre des donneurs synchronisée avec une augmentation du groupe des receveurs. En effet, nous sommes près du point de bascule alors que le groupe des 50 ans constitue au Québec le plus important contingent de donneurs et celui des personnes âgées le plus important bénéficiaire de ces dons.

Le monde

Dans son dernier bilan, l’OMS faisait état de la situation mondiale où les dons ont représenté une hausse de près de 10 % sur le dernier quinquennat mesuré et ce, grâce à 13 000 points de collectes répartis dans 176 pays. Ici aussi, sans surprises, les disparités entre les pays riches et peu développés sont grandes. À titre d’exemple, plus de 30 unités sont données par groupe de 1 000 habitants dans les pays riches alors que ce nombre est de 4 dans les pays pauvres.

Mais c’est surtout du côté de la distribution des receveurs que la situation est frappante. Dans les pays pauvres, 65 % des receveurs sont des enfants alors que dans les économies fortes, ce sont les plus de 65 ans qui constituent la nette majorité des receveurs avec 76 % du volume. Ainsi le choc démographique dans notre société est accentué par une distribution relative déjà plus importante chez les personnes de 65 ans et plus.

« Le bassin traditionnel de donneurs est en baisse alors que le bassin traditionnel de receveurs et le groupe avec les plus grands besoins sont en hausse »

Maintenir la relation et améliorer l’expérience du donneur

Avec ce qui précède, inutile de dire que la pression sera grande du côté de l’approvisionnement et il important que le premier contact avec un donneur, souvent réalisé au cégep ou à l’université, soit entretenu et enrichi puisque la collecte repose sur un plus petit bassin.

Dans la mise à jour de son plan stratégique, Héma-Québec a d’ailleurs spécifiquement créé une « vice-présidence donneurs » se démarquant ainsi des approches classiques où les vice-présidences sont uniquement associées à des fonctions.

C’est ici que les outils numériques entreront notamment en jeu au moyen d’applications simplifiant la mise en relation, l’échange d’information, la collecte de commentaires en vue d’améliorer l’expérience et d’en favoriser une fréquence accrue.

La numérisation des échanges se fera aussi en aval avec les nombreux partenaires d’Héma-Québec que représentent les centres hospitaliers dont les champs d’action s’accroissent (plasma, cordons, tissus humains, lait maternel etc.) que ce soit pour des questions de traçabilité ou de meilleurs échanges d’informations permettant une plus grande collaboration.

Qualité et sécurité

Le mot « banque » possède une grande puissance évocatrice. Il évoque quelque chose de précieux et la nécessité de le protéger. L’OMS est très préoccupée par les questions liées à la valeur et à la sécurité des banques de sang et il est rassurant de voir combien le Canada est un bel exemple en matière de meilleures pratiques. Mais les enjeux de sécurité ne se posent pas uniquement sur le sang et ses dérivés mais aussi sur la gestion des données et ce, plus particulièrement dans une économie en pleine numérisation. Les banques de sang doivent donc marier la volonté d’utiliser davantage les outils numériques aux impératifs nombreux liés à la sécurité des données et ce, dans un monde où les menaces sont réelles.

Héma-Québec

Dans son plan stratégique 2017-2020, Héma-Québec s’est donné 6 orientations stratégiques dont l’une est de tirer avantage des technologies numériques pour améliorer ses échanges avec ses partenaires. Il s’agit d’un objectif important et parfaitement aligné avec sa mission. Cette orientation requiert un engagement important d’énergie et de talent qui est une source de mobilisation importante à l’échelle de l’organisation.